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| Le Haven au large d'Arenzano (le 25/09/2007 à 14h56) |
Petite virée en Ligurie pour la visite de l’AMOCO MILFORD HAVEN
 Roland, que Jérôme et Bernard connaissent bien pour avoir plongé ensemble sur Abyss au lac de Neuchâtel, avait déjà organisé un petit séjour l’année dernière pour faire connaissance du monstre mais le mauvais temps nous avait contraint de reporter.
 Un peu d’histoire Le Haven est la plus grosse épave de Méditerranée : superpétrolier de 109 700 tonneaux, 334 mètres de long, 51 mètres de large, 50 mètres de hauteur. C’est donc 15 000 mètres carrés d’épaves à explorer sans compter les multiples ponts et cales qui attendent les plongeurs !!! Le 11 avril 1991, ce pétrolier battant pavillon chypriote, mouillé au large de Gènes, avec ses 36 hommes d’équipage, chargé de 144 000 tonnes de brut iranien, prend feu suite à une violente explosion d'une citerne, et se brise en trois parties. L'une coule sur place. Il est ensuite remorqué par le Olanda pour l'éloigner du port de Gène.
Malgré d'importantes opérations de lutte en mer, des nappes polluantes dérivent vers l'ouest, venant toucher de nombreux sites de la côte Ligure, puis atteignent la côte d'Azur française jusqu'à Hyères. Les autorités italiennes décident de brûler la plus grande partie du pétrole en mer, tout en maintenant une surveillance importante des effets sur l’environnement. Des colonnes de fumées noires atteignant 100 mètres de hauteur s’échappent du bateau en feu. Le Haven coule finalement sur un fond de 82 mètres à 1,2 miles de Arenzano le 14 avril faisant 5 victimes dont le capitaine. La partie la moins profonde, le haut du château est à 32 mètres.

Il a été mis à l’eau en 1973 aux chantiers espagnols Astilleros Espanoles SA à Cadiz et fait partie d'un groupe de superpétrolier construis entre 1972 et 1973 dont les destins allaient être tragique. Le premier de la série est le tristement célèbre Amoco Cadiz qui s'échoue sur les côtes bretonnes le 16 mars 1978, répandant 230 000 tonnes de fuel brut. Puis c'est au tour du Maria Alejandra le 11 mars 1980 sur la côte Mauritanienne, puis le 3 avril de la même année c'est le Mycene sur la côte Sénégalaise.
Cette fois c’est la bonne !! Mais revenons à la plongée. Nous avons rendez-vous pour le week-end du 22 et 23 septembre 2007, les conditions sont optimum. Roland a plongé le week-end précédent sur l’épave et la visibilité est excellente. Il nous a fallu 3 heures 30 en passant par le tunnel du Fréjus pour rejoindre la côte Italienne. Gènes est donc moins loin, en kilomètre et en temps que Cavalaire ou Hyères par exemple. Notre bateau partira à 13 heures, nous devons donc arriver deux heures avant afin de faire connaissance avec le club Techdive (http://www.techdive.it/) qui nous accueille et signer les décharges demandées en Italie. Il faut savoir que les autorités maritimes imposent d’être accompagnées par un de leur accompagnateur certifié pour plonger sur le Haven. Roland est un des leurs. Le club se situe sur le port. L’accès devait être aisé mais en ce moment le port est en total restructuration et en travaux. Il faut donc faire un certain nombre de voyages pour décharger notre voiture. Nous préparons nos rEvo, Jérôme a quelques souci avec son rEvodream : il ne veut pas se rallumer, c’est un peu la panique car le bateau nous attend, changement de piles, gratouillis au niveau des contacts. Jérôme déclare forfait mais une dernière tentative sera la bonne, nous embarquons sur le gros Zodiac. Ses 360 chevaux nous emmènent en moins de cinq minutes à l’aplomb de l’épave où des bouées balisent le site. La mer est lisse, il n’y a visiblement aucun courant et le soleil brille !!! Le rêve ... Nous sommes une dizaine de plongeurs, allemands, suisses, italiens et français harnachés de bi bouteille et de blocs de déco. Tout le monde plonge en étanche. Nous serons limités pour cette première visite à 80 minutes d’immersion, paliers compris. Un seul Evolution sur le bateau, contre deux rEvos…. La descente sera brève car rapidement nous apercevons le haut du château, nous stoppons à 40 mètres sur un pont intermédiaire où est accroché notre bout. Roland nous attend depuis quelques minutes et peste de ne pas nous voir arriver plus tôt : nous faisons toujours un contrôle à 6 mètres pour contrôler nos cellules. Nous sommes tous là et nous voila parti vers l’arrière du pétrolier, nous passons le long de la cheminée, puis commençons la descente par bâbord. A partir de 50 mètres la visibilité se dégrade et c’est avec beaucoup de mal que nous trouvons l’hélice, elle est tout simplement monstrueuse, le gouvernail est impressionnant : plus de 16 mètres de hauteur !!!


Nous sommes quasiment dans le noir tant le dévers est important. Sur l’hélice une langouste de belle taille a élu domicile. Nous remontons doucement sur le flan en le longeant et arrivons au trou de l’explosion, les tôles sont tordues comme une vulgaire boîte de conserve : c’est incroyable. Roland et son binôme Hubert, originaire du Tessin mais de nationalité allemande, tout deux en circuit ouvert, pénètrent dans les entrailles du monstre. Jérôme et moi continuons nos clichés et notre progression vers le pont principal à 56 mètres par l’extérieur. L’épave est couverte de grosses moules, il faut donc veiller à ne pas couper nos gants étanches. La vie marine est luxuriante et ce sont des bancs entiers de poissons, principalement des anthias et des sarres, qui rodent et que nous découvrons au fur et à mesure de notre ballade. Nous rejoignons vers la cheminée nos deux compagnons et après une petite balade sur les différents ponts et 35 minutes au total sur l’épave, attaquons notre remontée. Les différentes palanquées s’observent autour de la station de décompression installée par notre hôte : une barre à 9 mètres et une autre à 6 mètres avec un bloc d’O2 et deux détendeurs : le luxe. Sur le bateau les sourires radieux des membres de cette rotation « teck » et les discussions multilingues laissent présager de l’excellente plongée réalisée. Nous rejoignons le port rapidement, une prochaine rotation partira 3 heures après notre départ. L’efficacité italienne est impressionnante.

ENORME !!! L'épave du Haven est une plongée inoubliable. Les paliers permettent de se remémorer la plongée et l’énormité de la bête… Le monstre repose bien droit sur sa quille dans une eau limpide. Il manque le tiers avant mais la cassure est vraiment très loin et la visite de l’arrière est déjà conséquente. L’idéal pour faire le tour de pétrolier est d’utiliser des scooters. Le club en mets d’ailleurs à la disposition pour ceux qu’ils le désirent. La plongée se déroule principalement sur la poupe, plus particulièrement sur la timonerie qui est encore en excellent état. Les traces du terrible incendie sont encore visibles actuellement sur l’épave. Une partie de la structure a fondu et maintes parois présentent des distorsions importantes ou de larges fissures.

Le pont est intact, mais ne porte pas un gros intérêt si ce n’est la taille impressionnante des tuyaux et des installations encore en place. De part la taille gigantesque du navire, il est nécessaire d'effectuer plusieurs plongées dessus pour l'appréhender dans son ensemble. C’est la raison pour laquelle, nous remettons le couvert dès le lendemain matin après une bonne nuit de sommeil malgré quelques vrombissements émis par Jérôme sur le matin… Cette fois les afficheurs de Jérôme s’allume sans problème. Le bateau quittera le port à 8 heures 30. Nous sommes la même équipe que la veille. La mer est aussi agitée que le samedi et pour nous, plongeurs lacustres c’est parfait !!! Nous nous organisons un peu différemment que la veille : nous irons, Jérôme et moi faire la même ballade avec un tour sur la partie avant du château. Cette fois nous sommes limités à 120 minutes d’immersion, paliers compris. Arrivés à l’hélice nous nous rendons rapidement compte que l’eau est plus claire que la veille, en revanche un léger courant s’est levé. Il est sensible lorsque nous arrivons en haut de la coque à la hauteur du pont principal.

Nous sommes seuls au monde à l’arrière du pétrolier, Roland et son binôme Hubert ayant décidé de visiter l’intérieur du bateau. Les autres palanquées doivent être disséminées çà et là, l’épave est si grande… Les treuils, les tuyaux et les vannes sont proportionnelles à la taille du navire. Après avoir vu le gouvernail et l’hélice une nouvelle fois et refait quelques images nous rejoignons le trou béant de l’explosion. Les tôles froissées sont impressionnantes. Nous remontons sur l’avant du château : environ 23 mètres de haut, l’équivalent d’un immeuble de sept étages : gigantesque vu depuis le pont !! Les petites fenêtres permettent de regarder à l’intérieur. Des flaques de pétrole y sont d’ailleurs encore collées aux plafonds. Nous continuons nos images et notre promenade dominicale en repassant sur l’arrière du château, là à partir de 40 mètres, il y a plus de monde. Le poste de commandement culmine à 35 mètres sous la surface.

La lumière bleue qui entre par les larges fenêtres et le foisonnement de barbiers égayent cet endroit extraordinaire même si l’incendie n’a rien laissé d’autre que le métal. Nous sommes sur l’épave depuis maintenant 42 minutes et mon VR3 m’indique 72 minutes de remontée, je montre mon ordi à Jérôme en lui faisant signe qu’il va falloir décoller. Il me regarde avec de grands yeux étonnés et me montre le sien 35 minutes, j’hallucine !!!!! Le Hs Explorer prend en compte la remontée lente, alors que visiblement le VR3 continue d’empiler les minutes. Je serais sur le bateau le dernier après 112 minutes d’immersion. Le spectacle aux paliers est magique car les rotations se succèdent, les plongeurs du second club d’Arenzano, le Haven Diving Center se jettent à l’eau et comme un essaim d’abeilles rejoignent les profondeurs dans des chapelets de bulles…. bruyantes. Les plongeurs à l’air peuvent en effet visiter le haut du château et de la cheminée mais ils sont limités à 40 mètres. Ils ne restent que 15 minutes et remontent rapidement rejoindre la station de décompression où des blocs de secours les attendent au cas où…. et rares sont les palanquées qui n’en ont pas besoin. La différence est d’ailleurs surprenante entre ces deux types de plongeurs. D’un côté les plongeurs bardés de blocs de décompression à la respiration lente, le plus souvent DIR ou dans la mouvance, parfaitement immobiles et calmes et les plongeurs « loisirs » qui frétillent, tournent et virent dans un brouhaha de bulles étourdissant. Mais c’est bien que l’ensemble du monde des plongeurs puissent un jour voir cette épave gigantesque ne serait-ce que partiellement.

Les rEvo ont été l’attraction des plongeurs et du patron du centre, Gino, qui est en relation avec Paul. Jérôme lui a offert des autocollants du NPSFQQA et du rEvo qui s’est empressé de coller sur sa vitrine et sur son comptoir. Visiblement nous sommes les bienvenus en Ligurie !!! A faire Les dimensions de l’épave sont impressionnantes, il est donc possible de pénétrer à l’intérieur en prenant soin bien sûr d’appliquer les consignes de plongées souterraines (fil d’Ariane, boussole, redondance des détendeurs, des éclairages….). Les bulles ont la fâcheuse tendance de décrocher la rouille du plafond et à rendre le retour périlleux voire dangereux. Un circuit fermé est vivement recommandé pour son absence de bulle. La salle des machines est située à l’aplomb de la cheminée au delà de 52 mètres est abrite le moteur diesel deux temps de 8 cylindres de 980mm d’alésage et 2000mm de course développant 30'400 CV à 103 rpm. Les différents tableaux électriques et les compteurs sont encore intacts. Les ponts inférieurs (38-55 mètres) sont au nombre de 6 ! C’est un dédale de chambres à coucher, toilettes, cuisines et autres ateliers. L’orientation est relativement simple et le risque se coincer faible. Par contre, surtout dans l’étage des cuisines (à bâbord sur 55m de fond), les palmes soulèvent la fine couche de sédiments qui peut faire chuter la visibilité. Le passage d’un étage à l’autre par la cage du grand ascenseur qui traverse tous les ponts est impressionnant. La plupart des pièces extérieures sont équipées de fenêtres malheureusement trop petites pour s’y faufiler mais il y a au moins une porte ouverte par étage en cas de besoin. La cheminée (33 mètres) est à l’échelle de l’épave…monumentale. Les conduits d’échappement sont si gros que la pénétration y est aisée, bien qu’elle ne présente aucun intérêt. Une corde fixe relie la cheminée à la capitainerie ce qui facilite le retour en cas de courant. Le trou de l’explosion (60-79m) Les deux explosions à l’origine du naufrage ont éventrées la coque du navire. Le trou béant est si grand qu’il est difficile d’appréhender ses dimensions. Toujours est- il que la pénétration par le trou dans une des 13 citernes qui contenaient le brut est possible en progressant dans une immense caverne de métal, suspendu au plafond vers 60m. A l’autre bout, quelques dizaines de mètres plus loin, un escalier donnant sur une trappe permet de ressortir directement sur le pont. Le fond de la citerne est à 79m mais ne présente aucun intérêt. Il n’y a quelques rares poissons à l’intérieur qui tournoient vers le fond de la cuve. Equipements : Il s’agissait pour moi de mes premières grosses plongées avec la BOV et le bloc carbone 12 litres 300 bars. J’ai enlevé le plomb de cheville d’un kilo, placé sur le rEvo au niveau des lombaires et je me suis harnaché d’un baudrier 5 kilos car je me sentais un peu léger lors de mon unique essai à la Pierre à Bise. En lac, j’aurais du rajouter trois kilos, en fait j’en enlève un et je rajoute 5 kilos, je suis donc un peu lourd d’un kilo, puisqu’en mer je rajoute deux kilos…….. logique, non ?? Le bloc carbone est bien placé et ne gène pas, il contient du Tx 12/60. Pour le S80 de Nx 40, j’ai mis 20% d’hélium, il remonte légèrement. Cette configuration est vraiment parfaite. Nous n’utilisons que de l’héliox 10/90 en diluant pour un confort respiratoire optimum, une facilité de fabrication et de complément. Le fait de ne pas avoir d’azote permet une décompression vraiment optimum. Informations complémentaires : Il faut un peu plus de 3 heures 40 pour se rendre de Grenoble à Arenzano, soit plus rapidement que pour aller à Hyères ou Cavalaire : c’est incroyable : (C'est ici). La restauration quant à elle est vraiment excellente, les pattes sont un vrai régal et les vins Italiens n’ont plus rien à envier à notre pays.
Plusieurs clubs proposent le Haven à Arenzano.
Un grand merci à Roland pour cette merveilleuse expédition et cette organisation sans faille, à ses explication et à son aide pour le récit que vous venez de lire. Je me suis largemement inspiré de son site : http://www.cip-ne.ch 
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